Revitalisation urbaine et participation citoyenne : le cas du quartier Saint‑Roch

Laura Geerts – étudiante, Université Laval

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CONTEXTE

À partir des années 1950, le quartier Saint-Roch de la ville de Québec se paupérise. Le succès du mode automobile nécessite le développement d’infrastructures impliquant démolitions et expropriations, ce qui améliore l’accessibilité à des centres commerciaux construits en périphérie. Cela a alors comme conséquence d’entraîner un exode urbain des commerces et des populations aisées.

En réaction, des comités de citoyens se forment. Pour gagner en influence et améliorer leurs moyens d’action, l’un d’eux se constitue en parti politique: le Rassemblement populaire de Québec, élu en 1989. Son objectif est de reconstruire la ville à échelle humaine en donnant davantage de place aux citoyens et citoyennes du quartier. Pour ce faire, il crée un bureau de consultations publiques et des conseils de quartiers. En s’appuyant sur ces outils, le parti consulte la population pour établir un plan de revitalisation du quartier. Une zone particulièrement touchée par les démolitions et devenue un terrain vague livré à la drogue et la prostitution est au coeur du projet. Cette zone sera transformée en jardin et constituera un moteur de développement urbain. Ce jardin embellit le quartier et encourage l’établissement d’habitations, de coopératives et de commerces aux alentours.

À la base, le processus de revitalisation du quartier Saint-Roch a été piloté par des citoyens et citoyennes insatisfaits des démolitions et des reconstructions qui avaient cours dans leur quartier. Ils souhaitaient maximiser leur influence en entrant en politique au niveau municipal. Ils ont donc donné à leur action une dimension politique soumise à un processus démocratique. Ce faisant, ils écartaient définitivement toute accusation de démarche « nymbiste » (Not In My Backyard).

On y trouve aujourd’hui des projets collaboratifs artistiques et d’habitations qui respectent la trame urbaine. L’accent a été mis sur la culture, l’éducation et les nouvelles technologies. L’image du quartier a pu être redorée et les commerces sont venus s’y installer. Cela démontre que les chances de succès d’une rénovation urbaine sont plus grandes si l’on consacre le temps nécessaire à la consultation et à la participation active de la population.

 

UNE COMMISSION CONSULTATIVE POUR LA REVITALISATION DU QUARTIER

La Commission consultative, qui a eu lieu les 10-11-12 et 13 décembre 1990, a été particulièrement structurante dans le cadre du processus de revitalisation du quartier Saint-Roch.

Avant son déroulement, des discussions ont été organisées au cours de l’été 1990 avec des résidents et résidentes, des gens du milieu des affaires et des experts. Un bureau d’information a également été tenu ouvert tout l’été et l’automne.

Puis le 19 décembre, la Ville a présenté à la population son plan d’action bâti sur la base des rencontres préalables. La présentation a fait salle co mile. La Ville a fait appel à l’opinion d’experts, mais il y a eu aussi de nombreuses propositions spontanées et une centaine de mémoires de différents acteurs. La Commission permettait aussi au grand public de faire des suggestions, gage d’une consultation la plus inclusive possible.

La Commission a permis aux citoyens d’exprimer leur désaccord sur certains aspects du plan d’action ainsi que leurs propositions d’amélioration. Le résultat a été la mise sur pied d’un plan plus modeste, mais orienté vers des actions immédiates, contrastant avec les projets initiaux sur vingt ans.

Le résultat peut être considéré comme un succès : le quartier a progressivement repris vie et le dynamisme de ses habitants a permis la création d’espaces publics de qualité et à échelle humaine, en tablant sur la rénovation plutôt que sur la démolition.