« Quand les bidonvilles prennent l’ascenseur social » :

le cas réussi de Medellin

Julie Hudon et Aline Vancompernolle – étudiantes, Université Laval

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CONTEXTE

Dans les années 80, la violence et les cartels de la drogue faisaient la réputation de Medellin. L’industrialisation, qui avait entraîné un mouvement des populations de la campagne venues s’agglutiner dans les villes, n’avait créé qu’une surpopulation obligeant les habitants à vivre à la périphérie de la ville. Installés à flanc de collines, ils n’avaient guère accès au centre-ville et vivaient dans une insalubrité croissante, d’où la violence et les guerres de gangs incessantes dans ces quartiers, appelés les Comunas.

Pour redorer l’image de la ville et aider la population en difficulté, une poignée d’idéalistes diplômés se sont lancés dans la course à la mairie. Ils l’ont remportée en 2004 et de là est parti le vaste programme de réaménagement urbain des Comunas que la municipalité voulait faire à l’image des habitants et habitantes et qui ne pouvait s’accomplir sans leur pleine et entière participation. Passant d’un taux record de 390 homicides pour 100 000 personnes en 1991, Medellin est aujourd’hui une ville résilience qui est parvenue à réduire de 95% ce taux d’homicides.

La transformation de Medellin a été à ce point remarquable qu’elle a réussi à pleinement intégrer les habitants et habitantes des quartiers pauvres de la ville dans le processus de réaménagement, et ce, à toutes les étapes du projet.

1. La première tâche, considérée comme difficile, mais essentielle, consistait à prendre en compte les plaintes des habitants et habitantes. Pendant des années, ces derniers avaient été malmenés et mal considérés par les municipalités précédentes. La population était très peu engagée et restait très méfiante. Ce n’est qu’une fois les plaintes récoltées, les frustrations exprimées et les populations réconfortées qu’on a pu réellement s’investir dans ce vaste programme.

2. La municipalité s’est montrée très ouverte aux idées proposées et s’est seulement assurée de la faisabilité technique et financière du projet. Même si le programme s’attaquait seulement à l’aspect urbanistique, la municipalité n’a rien imposé : ni idée, ni vision qu’elle aurait pu définir à l’avance. La population a été libre de choisir les zones qu’elle voulait améliorer, ainsi que l’aménagement des zones visées, à la seule condition d’en respecter la faisabilité.

3. L’intégration a été faite à toutes les étapes et de toutes les manières possibles : les citoyens et citoyennes étaient designers, décideurs, constructeurs et utilisateurs. Ils ont dessiné le projet et se le sont approprié, notamment en signant un contrat avec a municipalité, dans lequel ils promettaient de prendre soin des nouveaux espaces et d’assurer leur perennité.

« LA MISE EN OEUVRE D’UN MODÈLE BASÉ SUR DES PRINCIPES SIMPLES, À COMMENCER PAR CELUI-CI, QUI VOUS PARAÎT ÉVIDENT, MAIS QUI NE L’ÉTAIT PAS POUR NOTRE VILLE : LE DROIT DE CHAQUE CITOYEN AU RESPECT DE SA VIE, C’EST LA GENÈSE D’UNE NOUVELLE CULTURE, AU SENS CITOYEN DU TERME, QUI RÉINTRODUIT L’IDÉE DE L’ÉQUITÉ ET DU VIVRE ENSEMBLE, TOUT CE QUE NOUS FAISANS VISE À REMETTRE DE L’ÉQUITÉ DANS NOS TERRITOIRES URBAINS. » Animal Gaviria Correa, Maire de Medellin

LES TALLERES DE IMAGINARIOS URBANOS : UN LABORATOIRE DE DÉVELOPPEMENT LOCAL

Les ateliers d’imaginaires urbains ou Talleres de Imaginarios Urbanos figurent parmi les activités structurantes qui ont permis au public de participer. Durant ces ateliers, les habitants étaient invités à dessiner et à imaginer les espaces qu’ils voulaient réaménager à leur image et qui correspondaient aux besoins de la vie quotidienne.

Les dessins ou les idées incluaient, par exemple, la création de ponts pour faciliter l’accès d’un versant de la montagne à un autre. On proposait aussi des escaliers pour faciliter l’ascension vers les hauteurs et des enfants dessinaient des jardins, des zones de baignade, des kiosques ou encore des théâtres. Les idées reçues étaient ensuite examinées et ajoutées aux relevés déjà faits sur le terrain.

La population s’est ensuite penchée de nouveau sur la question du design et de l’usage de chaque espace destiné à être rénové. De nouveaux ateliers ont été organisés et la population vivant à proximité a été invitée à donner son avis, sous la forme de textes, de dessins ou de jeux pour les enfants. Une ébauche en 3D a ensuite été présentée aux comités de communauté pour qu’ils s’assurent que les idées de la communauté y étaient bien présentes.

Une fois d’accord sur l’usage et le design de l’espace, les responsables ont montré les résultats à toute la communauté au moyen de réunions publiques, de messages sur des tableaux d’information et de brochures.